Charles James : De la victoire en GTP, jusqu’à la victoire au général des 24 Heures du Mans. Partie 2

Fin 1977, l’épopée Inaltera est terminée, mais l’aventure continue. Une histoire qui ne s’arrêtera pas pour autant. C’est la fin des Inaltera, mais le commencement des Rondeau. Au final, peu de changement si ce n’est le nom des voitures.

 

 » Mes successeurs chez Inaltera décident de ne pas continuer, donc on se retrouve dans la situation où tout s’écroule du point de vue de cette écurie. Je trouve cela très dommageable et assez scandaleux. Jean Rondeau me propose de continuer avec lui. Evidement, le redressement de la compagnie d’aviation Eralt me prend un temps considérable. Je décide de continuer à aider au maximum mon équipe afin qu’elle rebondisse. C’est ainsi que nous construisons une seule voiture en 1978 qui est une légère copie des Inaltera, mais en suivant les mêmes plans et avec les mêmes fournisseurs. Cela était nécessaire puisque les trois voitures nées Inaltera avaient été « bradées », abandonnées et même disparues par mes successeurs chez Inaltera. »

 

 

1978 est un nouveau chapitre qui s’ouvre avec un nouveau succès dans la catégorie GTP grâce au trio constitué de Jean Rondeau, Bernard Darniche et Jacky Haran. Si l’aventure est finalement dans la continuité d’Inaltera, en dehors du nom de l’écurie qui devient Rondeau, Charles James occupe le poste de team manager de l’écurie, une preuve d’une grande confiance entre les deux hommes et d’une vraie amitié.

 

« J’étais le seul capable de faire ce job, je connaissais l’équipe, les voitures et Le Mans. J’étais le plus qualifié et, en plus, nous étions amis. »

 

 

 

Tout le monde connait le visuel de la Rondeau victorieuse en 1980 avec ce fameux sponsor IIT- Le Point.

« J’ai passé six ans chez ITT pour faire du redressement d’entreprise, je connaissais bien ces gens. C’est sur mes instances qu’ils décident de financer en partie les voitures. Marjorie Brosse, en charge des relations publiques de l’écurie bénévolement, contacte Le Point. Elle a l’idée, non pas de mettre un sponsor sur une voiture et un autre sur la deuxième, mais plutôt de mettre ITT et Le Point sur les deux voitures. Cela nous a permis d’avoir beaucoup plus de facilités de les convaincre de participer financièrement parce qu’ils avaient deux chances au lieu d’une d’être à l’arrivée. »

 

 

1980 constitue le summum de la carrière de Jean Rondeau, mais aussi de toute l’équipe qui est restée la même depuis les débuts avec Inaltera. L’expérience acquise par l’écurie n’est pas négligeable et l’objectif est clair pour cette 48e édition : « la victoire ».

« On jouait pour gagner depuis un an. Toute la saison, on a eu seulement cet objectif. On n’a pas modifié les voitures, nous avons continué avec la même définition et conception des voitures. Celle qui gagne en 1980, c’est l’arrière petite fille des Inaltera qui a été constamment améliorée chaque année, non pas pour sa conception mais pour sa fiabilité. On a travaillé à 2000% sur la fiabilité, c’est ce qui nous a permis de gagné ! « 

 

 

Pour une équipe qui ambitionne de gagner Le Mans, la semaine commence plutôt bien avec la pole position. Vous connaissez tous l’importance d’une pole position au Mans, mais pour une écurie de cette taille, c’est une grande satisfaction.

 

 » La pole position est intéressante au Mans parce qu’elle apporte de la visibilité, que la presse en parle beaucoup. Cela satisfait beaucoup les sponsors, mais ca n’a rien à voir avec la course. C’est une épreuve de 24 Heures, tout peut se produire. Il faut être très prudent lorsque l’on est en pole position. Il ne faut pas se laisser grisé et ni griller ses cartouches alors que la course n’a pas encore commencé ! »

 

 

Cette course est remplie d’émotion, de tension. La météo n’a pas non plus épargné les concurrents de cette édition. » J’ai vécu cette course comme une très grande expérience dans ma vie, gagner les 24 Heures du Mans, c’est le graal ! C’est inscrire le nom de son écurie parmi les plus grands constructeurs au monde. Tous les grands constructeurs en rêvaient et rêvent encore de remporter un jour Le Mans !  »

 

La tension est palpable dans le clan français. Sur le podium depuis la sixième heure de course, la #16 n’en redescendra plus jusqu’à l’arrivée. La Rondeau M379B de Jean Rondeau et Jean-Pierre Jaussaud se retrouve à la lutte contre la Porsche 936/80 de Jacky Ickx et Reinhold Joest. Les conditions de course ont rajouté un peu d’incertitude à cette épreuve qui n’en avait pas besoin.

 

 

« Toute la course a été intense comme toutes les éditions des 24 Heures du Mans que vous soyez ou non en tête. On a joué à la seconde près. La moindre touchette peut réduire à zéro tous vos efforts. Il faut se souvenir que ces 24 Heures ont été très arrosées. Il a plu tout le temps et par tranche successive, on était constamment obligé à changer les pneus pour passer du sec au mouillé et du mouillé au sec. A chaque changement de gommes, celui qui décidait de le faire le premier perdait du temps par rapport celui qui continuait et prenait plus de risques. Ca été une bataille stratégique pas seulement entre les voitures, mais aussi au niveau des décisions des stands. C’était tout à fait passionnant. « 

 

 

Avec deux tours d’avance sur la Porsche à six heures de l’arrivée et le talent de Ickx/Joest, l’incertitude demeure toujours « Ickx est l’un des pilotes les plus mythiques des 24 Heures du Mans. Il avait le couteau entre les dents et avait l’usine derrière lui dans son stand. A certains moments, nous n’avions plus qu’un tour et demi d’avance, ce n’était rien ! Le moindre incident sur notre voiture lui aurait donné la tête et on ne l’aurait jamais rattrapé. »

 

 

La fatigue se fait sentir dans le clan Rondeau, surtout concernant Jean Rondeau. « En fin de course, j’ai été obligé de changer Jean parce qu’il n’était plus en mesure de piloter. Il était rattrapé par Jacky Ickx, il tournait en 4 minutes 30. On allait perdre la course, c’est certain ! Il était terrassé par la fatigue, l’émotion et par la pression de la course. »

 

 

A cette heure encore, cette victoire d’un pilote/constructeur, qui plus est Sarthois, reste l’un des plus grands exploits du sport automobile français. Jean Rondeau n’est plus là pour nous narrer son aventure, mais on peut très bien imaginer la fierté qu’il a pu ressentir au moment du podium. « Je n’ai pas l’exclusivité de lui avoir permis de gagner Le Mans, ceux qui ont donné la possibilité de victoire. Ces tous les membres de l’écurie permanente. D’octobre 1975 à 1980, l’équipe a été constituée d’une dizaine de personnes, des garçons incroyablement fantastiques et nous avons gagné les 24 Heures du Mans tous ensemble. Concernant Jean, c’était le pinacle sur lequel il pouvait se hisser et dont il avait rêvé toute sa vie. »

 

 

 

A la suite de cette édition victorieuse, Charles James se retire de l’aventure Rondeau. « Une telle victoire imposait évidemment à l’écurie de ne plus se limiter aux 24 Heures du Mans, mais de participer au championnat du monde d’endurance. Or il se jouait sur plusieurs continents. J’étais un bénévole dans l’entreprise, il fallait bien que je vive et que je fasse mon métier. Il n’était donc pas question que je passe trois semaines, un mois, six mois par an en tant que team manager. Il a fallu que l’équipe s’organise différemment. Le soir de la victoire, j’ai quitté complètement et définitivement l’écurie qui a pris son chemin toute seule. »

 

Cela ne changera rien à la relation entre Jean et Charles qui a commencé à la fin de l’année 1975. Le sport automobile les a réunis, cette aventure humaine en est devenue une amitié.

 

 » On ne se téléphonait plus deux fois par semaine comme nous en avions l’habitude. On ne se voyait que 4 à 5 fois par an, nous sommes restés amis malheureusement jusqu’à ce terrible accident de 1985. »

 

La partie 1: Ici

 

 

Crédit photo: Automobile Club de l’Ouest, Yves Ronga, Claude Parpex par Jean-Pierre Fabre, Thierry Rondel, Jean-Luc Chétif