Dauer 962 GT Le Mans: Holp-up aux 24 heures du Mans. Partie 1.

Pour comprendre comment la Porsche 962 destinée à la compétition s’est retrouvée vendue pour un usage routier sous la marque Dauer, il faut revenir dans le passé.

 

En 1982, la FIA créé le fameux Groupe C en remplacement des Groupe 5 (prototypes fermés) et Groupe 6 (prototypes ouverts). Dans cette nouvelle catégorie, le règlement ne prévoyait pas de production minimum, et autorisait la création de voitures de course de plus en plus puissantes, légères et performantes.

Le Groupe C allait donner aux courses d’endurance et aux 24 heures du Mans une popularité telle que de nombreux « constructeurs » comme Porsche, Lancia, Jaguar, Mercedes, Nissan, Toyota, Mazda ou Peugeot se joignirent à la compétition, ont l’appelait l’âge d’or de l’endurance.

 

Le Mans 1985

 

À l’époque, les 24 heures du Mans sont aussi suivies que la Formule 1, ce qui en dit long sur le succès de la formule. Entre-temps, la FIA avait, dans un grand élan réformateur, pris la décision de modifier le règlement des Groupes C à partir de la saison 1992-1993.

 

Résultat des courses, l’envolée des coûts provoquée par ces changements a fait fuir une grande partie des grands constructeurs historiques du Groupe C (l’endurance devenant aussi chère que la F1). Ou comment tuer une catégorie pourtant au firmament. Il faudra annuler le championnat 1993 en cours de saison, faute de participants en nombre suffisant.

 

En septembre 1993, l’ACO publie le règlement pour les 24 heures du Mans 1994. Un nouveau groupe et ajouté, le GT1, offrant la possibilité de courir avec la construction d’un minimum d’un seul exemplaire « de route ».

 

Avec presque 10 ans d’âge, les Porsche 962 ne sont plus en haut de l’affiche. Bien sûr, leur palmarès est impressionnant, mais aux 24 h du Mans 1991, la première 962 est arrivé 7e (Stuck/Jelinski/Bell, du Konrad Motorsport #58). De même en 1992 avec la 962 du Kremer Racing de Reuter/Nielsen/Lavaggi (#51).

 

 

Comment s’adapter à ce nouveau règlement ?

 

De tout temps, les constructeurs, grands et petits, ont toujours essayé de jouer avec le règlement des compétitions automobiles. Enzo Ferrari fut un des grands artisans de ces tours de passe-passe dont les organisateurs n’étaient jamais dupes, mais fermaient souvent les yeux.

 

 

Jochen Dauer, pilote et team manager, est né le 10 janvier 1952. Il débute en sport auto en 1975 avec quelques apparitions en F3. En 1977,  il fait ses débuts en DRM sur une BMW 320. L’année suivante il finit 4e du championnat allemand de F3 avec 3 victoires et 4 podiums. Il faut attendre 1983 pour qu’on le voit au volant d’une Porsche, sur une 908/3 turbo dans le DRM.

 

Fin 1986, Dauer rachète l’équipe de John Fitzpatrick, et fonde le Jochen Dauer Racing, puis il engage une Zackspedd C1/8 pour le championnat intersérie, et une Porshe 962 (châssis 112) en surpercup, avec le parrainage de la société Victor Computer.

 

L’année suivante, le Dauer Racing remporte sa première victoire en intersérie à Most, et gagne le championnat avec 5 victoires sur 11 courses. L’équipe s’engage alors dans le Championnat du monde en 1989 sur une 962, soutenue par les dragées Tic-Tac. Ils ne terminent qu’une seule course, à Suzuka (15e avec Dauer/Konrad), et obtiennent 4 podiums en intersérie et supercup.

 

C’est vers le Camel GT championship en Amérique du Nord que s’oriente alors l’équipe, tandis que l’équipe européenne fusionne avec la Konrad Motorsport. Faute de moyens financiers, aucune des deux saisons ne se termine.

 

Le Dauer Racing fera sa dernière apparition lors des 24 heures de Daytona 1991, avec deux 962C (Fabcar) pour des équipes « familiales », la première est celle des Unser avec Al junior/Bobby/Robby #0, et la seconde pour la famille Andretti avec John (qui ne courra pas), Michael/Jeff/Mario #00. Aucune des deux 962 ne verra l’arrivée. Après cela, le Dauer Racing s’est retiré du sport automobile.

 

Dauer 962 Le Mans «Street version »

 

 

Peu après la fermeture du Dauer Racing, et à défaut d’avoir un programme sportif pour faire rouler ses autos, Jochen Dauer créé le Dauer Sportwagen sur les reste du Dauer Racing. En 1991, il achète 5 châssis 962 inutilisés à Porsche 169, 172, 173, 175, et 176. Ils serviront de base pour son projet.

 

La modification du règlement, avec la création du groupe GT1, va donner une idée à Jochen Dauer : en produisant une version « de route » de la 962, et en modifiant légèrement la voiture, il peut répondre aux exigences de la FIA. D’autres constructeurs avant lui ont eu la même idée : la Koening C62 de 1991, et la Schuppan 962 CR de 1993, mais la plus aboutie sera la Dauer 962 LM.

 

C’est en septembre 1993, au salon de Francfort, que la première Dauer 962 Le Mans fut dévoilée au public. Construite sur la base du châssis 962.169, la Dauer et équipée du flat 6 de 2994 cc type 935/82 d’une puissance de 730 ch, et 71 mkg de couple, le tout pour un poids de 1080 kg.

 

Niveau performances, c’est du très lourd !! 2,8 secondes pour faire le 0 à 100 km/h, et une vitesse de pointe de 404,6 km/h en 1998, qui en fera la voiture la « plus rapide de série » du monde jusqu’à ce que la Bugatti Chiron ne la détrône.

 

Pour rendre l’auto utilisable, Dauer installe une sellerie cuir, et l’équipe de deux sièges. Pour partir en week-end, un minuscule coffre accueillera vos bagages à l’avant. Elle se propose aux acheteurs potentiels pour la modique somme de 10 millions de francs d’époque. Malgré le tarif élevé, Dauer va produire 12 exemplaires supplémentaires de la 962 entre 1994 et 1997.

 

Partie 2: De la route à la piste.

Partie 3: 62e éditions des 24 Heures du Mans 1994

Partie 4: Galerie photos: Dauer Porsche 962 GT LM. 

Crédit photo: Stéphane Cavoit, Nicolas Trefou, Michel Faust, Jean-Luc Chétif