1 photo, 1 histoire – Un dimanche matin de juin du côté du Tertre Rouge

J’ai réalisé ce cliché lors de l’édition de 2017 des 24 Heures du Mans au petit matin du côté du Tertre Rouge. Je cherchais un cliché qui sorte de ce que je fais couramment aux 24 Heures du Mans, c’est à dire des clichés de voitures de course. Je peux l’avouer maintenant, je voulais gagner le concours photo organisé par le Conseil départemental de la Sarthe, concours connu sous le nom Sarthe Endurance Photos. Ayant participé à de nombreuses reprises à ce concours, je n’avais pas encore eu l’honneur de remporter un quelconque prix. Le thème du concours est l’ambiance et l’atmosphère du Mans et moi, passionné que je suis, je ne réalisais et envoyais que des photos de voitures. J’avoue au Mans, j’ai une légère manie de cadrer serré sur les voitures, moi ce qui me plait en tant que photographe est d’attraper la vitesse et on sait tous qu’on n’est jamais objectif dans nos prises de vues (désolé pour le jeu de mots !).

 

Cette année-là, j’avais réfléchi et pris du recul par rapport à mes photos et je m’étais imposé de cadrer plus large en emportant dans mon sac photo en plus de mon 50-500mm, un objectif 16mm fisheye et un ultra grand-angle 20mm pour voir ce que je pouvais en faire. Je préfère même mon fisheye 16mm à mon 20mm pour des raisons personnelles, chaque photographe ayant ses petites habitudes et surtout ses affinités avec certains objectifs, je trouve en effet, le piqué du 16mm plus intéressant, et la déformation n’est pas excessive sur des plans larges.

 

Ayant crapahuté jusqu’à 3 ou 4 H du mat, dormi environ 2 heures et n’étant pas bien réveillé, j’ai pour habitude de prendre le café et les croissants du côté du Tertre Rouge le dimanche matin. Je n’avais pas encore réalisé le cliché que cherchais pour le concours. Déambulant d’un pas fatigué avec mon sac à dos et mon matériel photo et tentant de me réveiller, il était environ 7h30,  c’est alors que je me retrouve derrière un groupe de « sacs de couchage », et là, je visualise mon cadrage ! Je pose mon café, je sors mon appareil, visse mon 16mm et je déclenche, j’avais mon cliché ! Tellement content d’avoir trouvé mon cliché, j’avoue même ne pas avoir vérifié mes réglages (1/800 – f/2.8 – ISO100), j’aurais du fermer un peu plus. Peut-être aurais je du faire ce cliché au 20mm et pourtant ce côté arrondi n’est pas désagréable, tout passionné des 24 Heures du Mans vous le dira, le deuxième week-end de juin, nous sommes sur une autre planète, la planète du Mans !

 

D’ailleurs ces fameux « sacs de couchage » et surtout les personnes qui les amènent et passent la nuit du côté du Tertre Rouge m’ont toujours fait halluciner ! Comment peut-on dormir avec ce vacarme même si c’est une douce mélodie, mais tout de même ! J’avais tenté l’expérience une année, mais j’ai abandonné au bout de 30 minutes préférant me réfugier derrière un mur quelque part à l’intérieur du circuit, même si le bruit reste tout de même présent, mais avec un casque antibruit, on arrive à dormir un peu malgré également les haut-parleurs qui hurlent dans la nuit.

 

Je ne suis pas un photographe de rue, ce n’est pas mon truc et pour des questions de droit à l’image, car vous devez avoir l’accord de toute personne que vous photographiez si vous publiez sur n’importe quel support, les clichés en question, je m’étais quand même assuré lorsque j’ai déclenché, qu’on ne puisse pas reconnaitre formellement les personnes sur mon cliché. Voilà, j’étais content, j’avais mon cliché, peut être pas si extraordinaire que ça, mais il était dans le thème ! Ce cliché remporta le deuxième prix du concours Sarthe Endurance Photos en 2017 et me permis de vivre une édition 2018 fort sympathique et finalement grâce à des gars certainement eux aussi sympathiques.

 

Mais l’histoire ne s’arrête pas là !

 

Les mois ont passé, les éditions se sont enchainées, j’ai créé le site intensemans.fr avec mon compère Nicolas qui, lui aussi participe activement chaque année au concours Sarthe Endurance Photo, il a d’ailleurs remporté le 4e prix lors de l’édition 2019. Récemment, j’ai écrit un article sur l’ouverture au public lors de la prochaine manche du WEC à Monza et je cherchais une photo pour illustrer cet article (voir ICI), je décidai donc de ressortir cette photo. Je partageai ensuite cet article sur les réseaux sociaux.

 

Quelques heures plus tard, je vis un commentaire sur Facebook sous l’article publié : « Tiens regarde, on est devenu des stars ». Ni une, ni deux, je laissai un message demandant si c’était bien cette personne sur le fameux cliché. Ayant pris ensuite contact par mail, Bastien me confia que cela faisait quatre années qu’ils étaient, lui et ses amis présents sur la photo, à la recherche de ce cliché en bonne qualité. Bien évidemment, je leur ai envoyé. Bastien me confia que cette photo était importante à leurs yeux et leur laisse un très bon souvenir des 24h du Mans ! Comme expliqué plus haut par rapport au fait que les campeurs du Tertre Rouge me font halluciner, Bastien me répondit : « Officiellement la technique consiste à porter des bouchons d’oreilles pour pouvoir dormir, mais vous avez sans doute repéré notre autre secret : la bière. Ce virage est particulièrement adapté avec le talus en dévers, presque pas besoin de lever la tête pour admirer les voitures, et un écran juste en face !! » Je ne m’étendrai pas au sujet de la bière. Bien évidemment, je les remercie encore, car c’est grâce à eux que j’ai pu réaliser ce cliché. Mais c’est peut-être aussi ça la magie du Mans et des réseaux sociaux, d’illustres inconnus qui partagent le temps d’un week-end la passion de la course automobile et qui se retrouvent quelques années plus tard sur la toile…

 

Je vous raconterai, un jour, l’histoire de ce Japonais faisant ses études en Angleterre que j’ai croisé dans le train en direction du Mans, il avait lu dans la semaine que les 24 Heures du Mans avait lieu ce week-end et il avait pris le train à Londres le matin même et souhaitait découvrir les 24 Heures du Mans…

 

Crédit photo : Frederick pour intensemans.fr