Un ancien vainqueur des 24 Heures du Mans dans le collimateur de la justice allemande

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Le mardi 9 novembre 2021 s’est ouvert devant la division pénale commerciale du tribunal régional d’Aix-la-Chapelle, en Allemagne, un procès pour fraude, falsification de documents et atteinte aux droits des marques, autour du commerce de répliques d’anciennes Porsche de compétition dont la falsification des documents d’authenticité permettait de les vendre comme des originales.

 

L’enquête, qui a duré deux ans et porté sur près de cent cinquante voitures,  a permis de mettre en accusation un restaurateur de voiture de sport d’Aix-la-Chapelle de 50 ans, un chirurgien esthétique de Düsseldorf du même âge, et un ancien pilote automobile de 73 ans.

 

Le principal accusé dans cette affaire étant le premier nommé, qui, au fil des années et des « redécouvertes » qu’il vendait dans son showroom, mélangeant art contemporain et automobile, avait fini par se tailler une réputation d’expert international.
Cependant, l’été dernier, l’ancien étudiant en architecture devenu spécialiste des bolides de Stuttgart est suspecté d’avoir vendu au moins trente fausses Porsche et inculpé dans vingt-deux cas.
La plupart du temps, les autos auraient été reconstituées à partir de pièces détachées aux numéros de série falsifiés et de châssis neufs, le tout utilisant l’identité d’autos détruites en leur temps suite à des accidents ou différents tests d’endurance ou d’homologation. C’est notamment le cas de plusieurs Porsche 917, dont la 032 est citée en exemple, les archives de Porsche indiquant qu’elle avait été détruite suite à des essais à Weissach.
Dans neuf cas, à l’image d’une Porsche 904, les autos n’auraient tout bonnement jamais existé et leur historique a purement et simplement été inventé.

 

Les faits reprochés au chirurgien plasticien gravitent autour de la revente d’une Porsche 911 contrefaite dans laquelle il aurait été impliqué. A ce jour, il a démenti par voie de presse par le biais d’un communiqué rédigé par son avocat.

 

Le rôle du pilote, vainqueur des 24 Heures du Mans sur Porsche, aurait été d’utiliser son aura pour donner une légitimité à ces autos miraculeusement sorties des limbes sans trop éveiller les soupçons, mais aussi de récupérer les différents numéros (boîte de vitesse, moteur, et tout autres éléments permettant une identification), dans les archives de Porsche, de façon à ce que ces répliques récupèrent, le plus fidèlement possible, l’identité de voitures disparues.
Il semblerait que son accès privilégié aux archives de la marque lui aurait également permis de vérifier que les pièces détachées originales n’existaient pas ailleurs dans le monde, de façon à éviter de créer des doublons en falsifiant les autres. Il serait impliqué dans au moins quatre affaires.

Une autre grande figure du Sport Automobile allemand, originaire d’Aix-la-Chapelle, échappe à la justice, les faits qui lui sont reprochés étant désormais prescrits.

 

Un fonctionnaire du service des autorisations de circulation routière de Dürener, ainsi qu’un agent du service des cartes grises allemandes sont aussi mis en accusation, mais feront l’objet d’une procédure spécifique.

 

Porsche a déposé une plainte au pénal dans le cadre du droit des marques, l’entreprise n’ayant délivré aucun permis pour la création de ces répliques.
A ce jour, le procès a été ajourné suite à des problèmes de santé du principal prévenu. Il devait reprendre le 18 novembre.

Le système était bien rôdé, avec, pour les « contrefaçons » les plus réputées, une redécouverte évoquée sur différents forums spécialisés ou par le biais des réseaux sociaux, la création, parfois, de sites internet ou l’édition de publications dédiées, une présentation, suivie le plus souvent, par une « tournée promotionnelle », regroupant la quasi-intégralité des événements majeurs de l’automobile ancienne dans toute l’Europe.

 

Mais certains passionnés commençaient à se poser de sérieuses questions. Pour citer un président de la République français, « plus c’est gros, mieux ça passe…», mais si un miracle peut arriver, une série, c’est beaucoup moins probable, d’autant que ces spécialistes des voitures créées à Zuffenhausen avaient noté des incohérences dans les historiques associés aux contrefaçons, comme des erreurs de participations à des événements sportifs où d’autres voitures étaient présentes à l’époque, ou la disparition sur certaines « redécouvertes »  de modifications réglementaires lorsque les originales avaient couru deux années de suite.
Le chemin a été long avant que la vérité ne finisse par éclater au grand jour, et certains y ont laissé leurs illusions et leur santé.
Je tiens d’ailleurs ici à rendre hommage au plus pugnace et au plus courageux de ces connaisseurs qui ne verra, semble-t-il, malheureusement pas le résultat de ses passionnantes investigations.

 

Ne vous y trompez pas, nous ne parlons pas ici seulement de riches collectionneurs abusés, dont un pilote français ferait d’ailleurs parti. L’identité de certains d’entre eux, protégée par divers « fonds d’investissements » dans des paradis fiscaux ou autre sociétés écrans, laisse à penser que certaines de ces contrefaçons, achetées à prix fort, auraient également pu servir à blanchir des capitaux d’origines douteuses.
Il faut également garder à l’esprit que certains possesseurs de ces autos n’ont pas déposé plainte, sachant très bien que, de fait, la valeur de leur bien va être fortement réduite et qu’il peut même leur être confisqué, ils préfèrent laisser planer le doute.
Décidément, le marché de l’Automobile Ancienne ressemble de plus en plus au marché de l’art…

Le scandale est énorme outre-Rhin et les sommes évoquées faramineuses. L’image du commerce de ces véhicules historiques et des légendes de la Course Automobile impliquées risque d’en être impactées durablement.
Je peux pourtant vous assurer qu’il existe encore parmi ces pourvoyeurs de bijoux automobiles des gens d’une grande probité, souvent collectionneurs eux-mêmes, et dont l’authenticité des modèles mis en vente par leurs soins ne peut être mise en défaut.

 

Ceux de ma génération vont évidemment penser aux nombreux scandales autour de copies de Ferrari ayant émaillé la fin des années 80 et le début des années 90. On a su réagir à Marranello en mettant en place le département « Classiche », qui, bien que parfois imparfait (aucun système ne l’est), est désormais le seul à pouvoir authentifier les bolides de la marque.
Chez Porsche, il semble que la création d’un service similaire soit en projet depuis quelque temps.
Il faut espérer que ce procès va faire accélérer les choses.

 

La loi allemande en matière de présomption d’innocence étant beaucoup plus restrictive que la nôtre, elle interdit de citer les noms des accusés et de montrer leurs images avant le verdict du procès.
J’invite donc les lecteurs intéressés par cette affaire à se rendre sur les sites des quotidiens d’outre-Rhin s’ils désirent obtenir de plus amples informations.

 

Credit photo : Vincent Laplaud – Légende : Une des nombreuses Porsche 917 redécouvertes ces dernières années