Dans les rétros de… Romain Iannetta

A tous les Passionnés, toutes les Passionnées,

 

Le site IntenséMans.fr a le privilège de partager avec vous des interviews exclusives avec des pilotes ayant marqué l’histoire contemporaine des 24h.

Ces chroniques s’appellent « Dans les rétros de… » et donnent la possibilité à ces deniers :

  • De revenir sur leurs parcours sportifs (de leurs débuts jusqu’à leurs activités du moment),
  • D’évoquer leurs différentes participations aux 24 Heures,
  • De nous faire part de leurs visions des changements à venir en ce qui concerne les courses d’Endurance ainsi que de leurs potentiels projets et enfin,
  • De leur donner une « Tribune Libre » dans laquelle chacun d’entre eux a tout loisir d’évoquer un sujet qui tient à Cœur.

 

Pour ce second article, nous avons l’Honneur de rencontrer Romain Iannetta.

 

Agé de 41, Romain a réalisé cinq belles prestations sur le Circuit de la Sarthe : 1 fois en P1, 3 fois en P2 et enfin 1 fois en GT2.

Il est également connu pour avoir réalisé un certain nombre de cascades pour des films d’actions comme Taxi (1998), Le Boulet (2002), La Mémoire Dans La Peau (2002) et 36 Quai Des Orfèvres (2004).

Pour revenir à son historique sportif, nous pouvons citer 2 participations aux 24 Heures de Daytona (2010 et 2011), 6 saisons au NASCAR Whelen Euro Series (entre 2012 et 2019) et enfin son arrivée récente au championnat de France FFSA GT4.

 

C’est donc un homme complet, talentueux et sympathique qui nous accueille !

 

Romain, avant tout, merci beaucoup de nous accorder quelques précieuses minutes de votre temps. Nous sommes réellement enchantés et heureux de poursuivre cette série de sujets évoquant le parcours de pilotes ayant leurs noms inscrits sur le Registre des Pilotes des 24h.

Vos débuts dans le Sport Auto : nous sommes fin ’90 (plus précisément en 1999 – 2000 – 2001) et comme une grande majorité de pilotes vous commencez en Karting puis enchaînez en Formule Campus, Formule Ford, Formule Renault.

Que retenez-vous de ces années ?

 

Si je dois véritablement revenir au tout début, je pense évidemment à mon Père et à mon Oncle qui faisaient du Sport Auto. Je me souviens toujours, tout petit, aller sur les circuits et les voir rouler dans de petites barquettes pour « La Coupe De l’Avenir ».

 

Ma toute première expérience avec l’automobile remonte au début des années ’90 et j’avais à peine plus de 10 ans.

Le Jacadi Trophy était un évènement organisé par les magasins Jacadi, à destination des enfants et parrainé par Philippe STREIFF & Jean-Pierre BELTOISE. Nous étions à bord de petits 4X4 et nous partions pendant une semaine bivouaquer dans la montagne (cela avait lieu à Val d’Isère durant le salon du 4X4) avec ces voitures pour enfants mais qui avaient une boite de vitesse, un embrayage… Il fallait vraiment savoir conduire.

Et je me rappelle qu’à chaque fois, lorsque nous arrivions dans des villes, nous étions accueillis par les gens. C’était superbe !!!

 

Le Karting est arrivé très vite après car je voulais vraiment piloter.

 

Mon Père était un passionné et m’a beaucoup aidé bien que nous ayons « zéro » moyen.

Et c’est d’ailleurs grâce à une brillante idée de sa part (petite pensée aux loueurs de K7 de l’époque, Video Futur) qu’il a pu avoir juste assez d’argent afin de me payer mon premier Kart.

Je suis très reconnaissant pour tout ce qu’il a pu faire durant mes toutes premières années en Sport auto et qui m’ont amené à la Filière ELF.

 

Les années passent et nous arrivons début 2000.

C’est à ce moment que je passe en Formule Ford au sein d’une petite équipe, Sirius Compétition, montée par Pascal BUENO. C’est une personne qui m’a beaucoup aidé durant mes débuts en Sport Auto.

J’ai fait deux saisons avec son team : j’ai d’ailleurs fait quelques podiums la première année en « Promotion » et la seconde a été encore plus belle puisque nous devenons Champion de France de Formule Ford Promotion et Vice-Champion de France de Formule Ford.

 

 

 

Nous sommes mi-2000 et les courses d’Endurance commencent progressivement à s’inscrire dans votre Palmarès.

 

Pour moi, et je pense pour quel que soit le pilote, le Mans est une épreuve extrêmement impressionnante.

La semaine du Mans est monumentale en elle-même : vérifications techniques et administratives avec les fans qui sont déjà très présents, les différentes phases d’essais, la Parade puis la course qui est un mythe en soit… Cela a toujours été une expérience extraordinaire et j’ai toujours fait en sorte de trouver un baquet pour y participer.

 

Durant mes cinq participations aux 24 Heures du Mans, j’ai eu la possibilité de piloter à trois reprises des P2. C’était en 2005, 2007 et 2012.

Malheureusement je n’ai jamais vu l’arrivée au volant.

 

En 2005, je pilotais en Championnat ELMS pour le Paul Belmondo Racing au volant d’une Chrysler Viper GTS-R mais pour les 24h, j’ai eu la possibilité de prendre le volant d’une Courage C65 (motorisation Mecachrome) engagée par le team Noël Del Bello.

Pour ma première participation au Mans, je rejoignais – un peu en « Last Minute » et après en avoir démarché un certain nombre d’équipe – une qui avait de l’expérience (12 participations au Mans à ce moment-là) mais malheureusement une casse moteur en plein milieu de la nuit et sur la ligne droite des Hunaudières (j’étais au volant et je m’en souviens très bien) nous a contraint à l’abandon.

 

 

 

En 2007 c’est de nouveau le team Noël Del Bello qui m’a donné la possibilité d’affronter les 24h, toujours au volant d’une Courage mais cette fois-ci, d’une LC75.

Le line-up de pilotes était vraiment intéressant : je partageais le volant avec Vitaly PETROV (alors rookie au Mans) et Liz HALLIDAY.

Malheureusement, un problème avec la boîte de vitesse (j’ai d’ailleurs un souvenir de ce malheureux mécano qui ne montait pas une pièce – une entretoise – correctement) nous a obligé à l’abandon.

 

 

 

En 2012 le team est différent tout comme la voiture.

C’est l’équipe Irlandaise Status Grand Prix (c’était leur première participation au Mans) qui me donne la possibilité de faire une pige pour la classique Mancelle au volant d’une Lola B12/80 moteur Judd BMW.

Je partage le volant avec deux rookies : Alexander SIMS et Yelmer BUURMAN.

Et encore une fois, au volant d’une P2, je ne parviens pas à voir le drapeau à damiers (sortie de piste dans la nuit d’Alexander)

Cela a d’ailleurs été pour moi l’année la plus difficile : je n’avais pas eu la possibilité de faire des essais d’avant-course. A ce moment-là, je roulais en NASCAR et il y avait une véritable différence entre le Proto et le Stock Car. J’ai donc « subi » Le Mans, je n’ai pas exploité la voiture correctement.

Cela reste un de mes grands regrets.

 

 

 

Parlons maintenant de mes deux « meilleures » fois, surtout celles pour lesquelles j’ai pu passer la ligne d’arrivée !

 

Entre mes deux années chez Noël Del Bello, j’ai eu la possibilité de prendre le volant d’une GT2. Il s’agissait d’une Porsche 911 GT3 RSR d’un Team Belge amateur mais extrêmement sympathique : le Ice Pol Racing Team.

Je partageais le volant avec deux Gentlemen Drivers de nationalité Belge qui avait eux-mêmes monté le team : Yves LAMBERT et Christian LEFORT.

 

 

Nous avions une voiture aux couleurs de GULF et elle était magnifique (d’ailleurs sur certaines courses de LMS, la voiture était aux couleurs d’une bière belge dénommée GORDON mais comme la pub pour l’alcool n’était pas autorisée en France, c’est aux couleurs du célèbre pétrolier que nous sommes arrivés sur le circuit du Mans).

 

 

 

 

J’avais eu la possibilité de faire quelques courses en LMS avec eux, ce qui m’a permis de bien connaître la voiture et mes coéquipiers.

 

 

La course se passa plutôt bien, sans trop d’encombres (hormis avec les pneumatiques Dunlop-Clients qui n’étaient pas du tout fait pour la voiture et c’est aussi pour cela que je n’ai pas continué l’aventure du Championnat avec eux) mais avec une grosse gestion des « rétros » et nous avons fini la 23ème place (6ème des GT2).

 

 

Pour finir, voici ma PLUS belle course aux 24h que ce soit par rapport au résultat obtenu, à mes team-mates et à la voiture. C’était en 2009 au volant d’une P1 et quelle P1 : une Creation CA07 !

Pour ce qui est de mes coéquipiers, il y avait Jamie CAMPBELL-WALTER qui avait participé au développement de l’auto (comme Nicolas MINASSIAN) ; il la connaissait donc absolument parfaitement et avait également une bonne connaissance de l’équipe car ayant couru pour Creation en 2005-06-07.

Et pour compléter le line-up, le baquet était partagé avec Vanina ICKX.

Ce fut vraiment une très belle opportunité de piloter avec eux deux car nous avions à peu près le même âge et il y avait une superbe entente, une équipe extraordinaire.

La course fut émaillée d’un certain nombre de faits de courses (notamment une grosse tape lors du Warm-Up de Vanina et cela impacta la voiture durant toute l’épreuve) mais ce fut extraordinaire de finir la course. Quelle épreuve !

Et quel son de ce moteur Judd V10!!!

 

 

 

Bientôt 2023, bientôt le centenaire des 24 Heures du Mans.

Quels peuvent bien être les souhaits, les rêves, les envies d’un pilote ayant déjà couru au Mans.

 

Le Mans…  J’y pense, effectivement… Très fort même (sourires).

J’ai un beau projet en cours concernant le LMP3 en Michelin LM CUP / LMS qui va, je l’espère, m’emmener aux 24 Heures du Mans. Je préfère ne pas trop m’attarder sur le sujet car rien n’est encore fait mais j’y travaille ardemment.

Je vous tiendrai informés.

 

Quelles ont été vos activités depuis ces dernières années ?

 

 

De 2012 à 2019 j’ai participé au Whelen Euro Series en Elite 1. C’est « LA » NASCAR à l’Européenne. Il a une superbe ambiance et les luttes sont parfois TRES intenses…. Et les victoires ne sont que plus belles!

 

Malgré le contexte sanitaire actuel, j’ai eu une année 2020 assez chargée. J’ai participé à quelques courses du Championnat MITJET 2L et surtout, je me suis lancé dans le FFSA GT4 France avec le team Mirage Racing. Je partage le volant d’une Alpine A110 GT4 #616 avec Eric CLEMENT.

 

 

 

 

En parallèle de mes activités sportives, j’ai créé en 2017 Event Spirit qui est une société d’évènementielle automobile et d’audiovisuel par laquelle je fais rouler des voitures, notamment des MITJET 2L, des voitures NASCAR et il y a également une DeTomaso Groupe 4 avec laquelle j’ai fait le Tour Auto (je proposais même une assistance technique et préparation de la voiture).

J’aime avoir des activités diverses et variées et surtout, j’aime être occupé !

Par exemple, je suis resté trois ans à Top Gear France (pour les saisons 2018-19-20) en tant que Responsable Dynamique Automobile. Pour faire simple, tout ce qui touchait de près ou de loin une voiture dans l’émission, j’en avais la responsabilité : sécurité des tournages, coaching des animateurs, préparation en amont des activités, transformation des véhicules, etc.

Je travaille également, depuis 2 saisons maintenant, pour l’émission Wheelers Dealers France où j’interviens à divers moments.

 

Comme détaillé dans l’introduction, nous avons brièvement évoqué vos spectaculaires talents cinématographiques au sein de l’équipe CINE CASCADE INTERNATIONAL qui a été fondée par Jean-Claude LAGNIEZ.

Nous nous devons de parler du film « La Mémoire Dans La Peau » qui est devenu véritablement culte.

Pouvez-vous nous parler de vos impressions de ce milieu, des cascades réalisées et du Taurus World Stunt Award reçu en 2003 ?

En fait, j’ai toujours été attiré par le Cinéma, surtout Américain.

En 1999, j’étais en Sport-Etude au Mans au sein de l’école de pilotage « La Filière ELF ».

Il y avait eu une petite annonce afin d’être figurant sur le film TAXI, j’y suis donc allé et j’ai absolument adoré ce que j’ai pu vivre : ça a duré 4/5 jours (c’était à la toute fin des années 90 et je devais avoir dans les 20 ans) et me voilà en train de tourner des scènes sur un film qui était monumental.

A la fin de mon Sport-Etude, en 99-2000, j’ai souhaité continuer dans cette voie en entrant dans l’effectif de Jean-Claude LAGNIEZ au sein de son équipe CINE CASCADE INTERNATIONAL.

A partir de ce moment, j’enchaîne de belles prestations en participant à un certain nombre de longs-métrages comme La Mémoire Dans La Peau, Le Boulet, Les Ripoux 3, 36 Quai Des Orfèvres et bien d’autres encore.

Et d’ailleurs, pour le film La Mémoire Dans La Peau, j’ai eu l’extrême honneur d’être récompensé en 2003 durant la Taurus World Stunt Awards d’un impressionnant et imposant trophée pour le travail qui avait été réalisé (Best Work With a Vehicle).

 

Pour être franc, je n’avais malheureusement pas assez donné d’importance à cette récompense, je la considérais comme une (simple) coupe reçue sur un podium… J’aurais peut-être dû plus exploiter cette reconnaissance car lorsque j’allais aux USA, les gens m’en parlaient beaucoup.

 

 

 

Parlons maintenant d’un élément important de l’équipement d’un pilote, sur lequel nous pouvons y retrouver son identité : son casque.

Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur les couleurs, le design, la marque, les éléments distinctifs permettant de le reconnaître parmi tous les autres.

 

Fin des années ’90, j’ai dû choisir les couleurs de mon casque et j’ai toujours aimé le mélange de jaune / bleu.

Le rendu est vraiment bien et cela me rappelle l’équipe qu’avait monté mon Père en F3 et donc ces couleurs sont restées gravées dans ma tête.

Je dois le reconnaître : très peu de temps avant moi, un certain Sébastien BOURDAIS était passé par la même école que moi (la Filière Elf  FFSA puis la F3) et je le regardais avec admiration, sa grande rigueur, etc.

C’était MA référence et c’est un plaisir pour moi de portes ces (et non pas ses) couleurs.

 

Nous arrivons à la fin de cet entretien…

Romain, nous vous laissons « Tribune Libre » afin de nous faire part d’un sujet qui vos tient à Cœur, de nous faire la promotion d’une initiative toute particulière à vos yeux, etc.

 

Nous pourrions parler des USA !

C’est un pays qui m’a toujours plu, sportivement et personnellement car il y a toujours une possibilité de faire quelque chose de fort quand on y met les moyens et la motivation : ça me fait penser à mon entrée chez Starworks Motorsport pour disputer les 24 Heures du Daytona de 2011 au volant d’une Riley Ford V8 avec 3 autres pilotes Vénézuéliens. Cela s’est fait vraiment au tout dernier moment (et en faisant le tour de tous les Teams présents).

Et plus personnellement, j’adore ce pays aussi par l’intermédiaire des sports que l’on y pratique comme le Foot US (depuis que je suis petit, je suis la NFL !) ainsi que le Basket.

Ils ont une bonne dynamique dans le business comme dans le sport et c’est plus ma philosophie, ma manière de penser.

 

Romain, merci beaucoup pour votre patience et disponibilité.

Au plaisir de pouvoir se revoir de nouveau, notamment sur une piste au volant d’une LMP3!

 

Crédit photo : archives persos Romain Iannetta, Nicolas Trefou, Michel Faust.

Documents : cartes des équipes Noël Del Bello, Status Grand Prix, Gordon Racing Team, Creation.