Aston Martin groupe C , une présence en pointillés : 1 Nimrod

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  1. En 1982 débute l’ère des groupe C au Mans et en championnat du monde d’endurance.

 

Dès 1981 un certain nombre d’artisans et de constructeurs fourbissent leurs armes afin d’être prêts pour cette nouvelle échéance.

C’est le cas de Robin Hamilton, concessionnaire Aston Martin dans le civil et également connu pour ses préparations de coupés Aston Martin V8.

L’ Anglais a même déjà concouru 2 fois aux 24 heures du Mans en catégorie GTP en 1977 ( 17ème) et 1979 (AB).

Robin Hamilton tape à la porte du nouveau PDG d’Aston Martin, Victor Gauntlett qui, séduit donne son accord et un apport financier pour construire un prototype du groupe C équipé du V8 5,3 litres maison.

 

Pour le châssis les 2 hommes vont faire appel à Lola, Hamilton s’occupant de concevoir la carrosserie.

Ainsi naît la Nimrod NRA (Nimrod racing automobile) C2, vraisemblablement dérivée du châssis Lola T70 déjà ancien.

Le châssis 001 est présenté à Goodwood avec 2 parrains prestigieux,Stirling Moss et James Hunt, pendant que Lola construit les châssis 002 et 003 ( Lola T385).

Le V8 est confié à la société soeur d’Aston Martin, Tickford, qui en extrait une version course donnée pour 530 à 560 chevaux la 1ère année.

Présentation du nouveau prototype "Aston Martin" au coté de la glorieuse DBR1

Présentation stylée à Goodwood

Hélas les premiers essais s’avèrent délicats, le V8 connaît des soucis de fiabilité et l’auto est lourde : 1050 kilogrammes !!! alors que le poids limite du groupe C est fixé à 800 kgs !

 

A Silverstone pour les 1000 kilomètres, 2 voitures sont présentes : 003 pour l’équipe usine et 004, une auto achetée par le Viscount Downe / Pace Petroleum que l’on peut qualifier de semi-usine, Pace Petroleum étant une société fondée par…Victor Gauntlett.

Si la voiture usine abandonne la semi-usine termine 6ème aux mains de Ray Mallock (Monsieur RML) et du vétéran Mike Salmon, dans le même tour que la Rondeau M382 de Pescarolo-Spice.

 

Fort de ce résultat encourageant arrivent les 24 heures du Mans; les 2 modèles sont engagés pour Lees-Needell -Evans (N°31 usine) et Mallock-Salmon (N°32 Viscount Downe).

Aux essais, les 2 autos se qualifient aux 23ème et 26ème places à près de 16 de secondes de la pole (Porsche 956 N°1) et 14 secondes de la meilleure atmosphérique ( Ford C100 N°6) pour la meilleure des 2, la N°31.

En course, si la N°31 abandonne assez vite sur accident dû à 1 crevaison, la N°32 surprend et aligne les tours : elle entre dans le top 10 dès la 4ème heure,  se retrouve 4ème de la 12ème à la 15ème heure derrière un trio de Porsche 956 et 936C avant de rencontrer des soucis moteur.

A l’arrivée, sur 5 cylindres, l’auto termine 7ème, 4ème groupe C, un beau résultat néanmoins.

 

le Mans 1982, une belle 7ème place

 

Le Viscount Downe présent aux 1000 kms de Spa (11ème) et de Brands Hatch (9ème) permet à  Nimrod de terminer 3ème du championnat constructeurs derrière Porsche et Rondeau avec 24 points, devant l’usine Ford, Sauber ou Lola par exemple, pas si mal!

Dans le même temps Robin Hamilton connait quelques difficultés financières, Victor Gauntlett se désengageant pendant qu’un autre financier, Peter Livanos, n’a pas apporté le budget prévu initialement…

 

Pour 1983 le Nimrod Racing part tenter sa chance aux USA avec ses chassis 002 et 003.

Pour les 24 heures de Daytona 002 est sponsorisé par Pepsi et compte dans ses rangs le pilote mythique  A.J. Foyt, ce qui a un retentissement considérable!

Hélas à Daytona, comme dans de nombreuses autres occasions, le moteur lâche.

Seul résultat tangible la 5ème place aux 12 heures de Sebring de 003 aux mains de Smith- lynn St James- Olson.

NRA a bout de souffle financièrement ferme ses portes en aout et revend 002 à Jack Miller ( performance motorcar) qui l’utilise sans résultats en fin de saison IMSA.

Cette faillite met fin au projet NRA C3 à chassis … carbone,un chassis non terminé existant toujours.

 

Parallèlement Mallock modifie le chassis 004 du Viscount Downe afin de gagner en poids et performance.Un modèle réduit passe en soufflerie et une nouvelle carrosserie , plus fine et légère est mise en chantier.

A l’aide du moteur Tickford revu, allégé grâce à 1 carter et des couvres arbres à came en magnésium le poids tombe à 940 kilos!

Le moteur lui passe à 570 chevaux avec des arbres à came redessinés et une plage d’utilisation élargie.’auto débute aux 1000 kilomètres de Silverstone et termine 7ème,1ère des non Porsche!

 

Silverstone 1983, 7ème

De bons espoirs de résultat sont à l’ordre du jour pour les 24 heures du Mans malgré 12 Porsche 956 , 3 Lancia LC2 et 3 Rondeau M482 usine.

Aux essais la Nimrod NRA C2 N°39 termine 15ème, 1ère des atmosphériques avec un gain de 13 secondes sur son temps de 1982!!!

Hélas en course, après une 1ère heure terminée à la 12ème place, des ennuis divers ( batterie, alternateur, porte moyeu ) la retarde franchement avant que le moteur ne l’élimine à la 18ème heure.

Présente à spa et Brands Hatch 004 ne connait pas plus de succès suite à des problèmes de moteur et de transmission.

 

Pour 1984 le VIscount Downe /Pace Petroleum n’abdique pas et modifie légèrement la carrosserie de son auto ( pente plus douce du capot , aileron arrière modifié ) et surtout envisage de faire courir une version à double turbo du moteur Tickford.

L’équipe s’engage aux 24 heures de Daytona ou 2 autres Nimrod sont présentes: 002 de performance motorcar et 005, un chassis engagé par CAM motorsport appartenant à John Cooper ( pas le monsieur Mini 😉 )  Ce chassis, ex Livanos fut monté avec des pièces rachetées à Robin Hamilton lors de la faillite de NRA.

 

daytona 1984, le CAM motorsport termine 7ème

Si 002 abandonne, 005 termine 7ème et 004, attardé,16ème après un bon 7ème temps aux essais.

005 est ensuite repris par son 1er propriétaire, Peter Livanos qui la confie au Viscount Downe.

Modifié à la façon de l’autre auto du team, ce châssis reçoit pour les 1000 kilomètres de Silverstone le moteur turbo.

Cette évolution sera peu convaincante, la voiture abandonne sur manque d’huile pendant que 004 toujours en atmosphérique casse son moteur.

 

Vient ensuite les 24 heures du Mans ou les 2 autos sont engagées avec le moteur « classique ».

Pas tout à fait aux essais ou 1 moteur spécial qualifications permet à Ray Mallock de terminer 10ème au volant de la N°31 avec un gain de 2 secondes 66 sur son temps de 1983. Les « ennemis » Jaguar sont derrière, la seconde Nimrod N°32 aussi : elle n’a pas cherché à faire 1 temps.

En course 005 aux mains du duo Mallock-Olson est dans le coup, autour de la 8ème/10ème place à la lutte avec les Jaguar XJR5  GTP , devant de nombreuses 956.

Une crevaison à la 5ème heure la fait chuter à la 12ème place pendant que 004 fait une course sage et pointe au 18ème rang ( Attwood-Salmon-Sheldon).

 

Attwood-Salmon-Sheldon pendant Le Mans 1984

Hélas à 21h23 c’est le drame : John Sheldon crève, perd le contrôle du véhicule avant la bosse de Mulsanne, tape le rail à gauche, est projeté à droite et l’auto se désintègre.

Le choc fait voler des morceaux qui tue un commissaire de piste et en blesse un second. Drake Olson au volant de la N°31 ne peut éviter des débris en arrivant sur les lieux de l’accident, part en tête à queue et tape le rail.John Sheldon brulé au visage et aux mains reviendra aux 24 heures , pas le Viscount Downe ni aucune autre Nimrod…

Fin tragique d’une aventure qui n’aura pas confirmé certaines belles promesses par manque de fiabilité et de moyens.

 

La partie 2 Aston Martin groupe C, une présence en pointillés: EMKA et Cheetah , les clients Tickford

La partie 3: Aston Martin groupe C, une présence en pointillés: AMR1, l’éphémère retour officiel

 

A suivre…  EMKA et Cheetah , les clients de Tickford.

crédit photos : Rich Harman, Mark Windecker, Jean-Luc Chétif